Le gouvernement béninois a récemment initié une loi visant à régir la chefferie traditionnelle à travers le pays. Cette décision a suscité de vives interrogations, notamment concernant l’absence du Roi de Pobè sur la liste des souverains concernés par cette nouvelle législation. Cette situation soulève des questions sur les motivations derrière cette proposition, et sur la place qui devrait être accordée à la royauté de Pobè dans ce contexte.
Pobè, depuis sa fondation, a toujours été un bastion de la royauté, avec un palais royal qui a abrité des souverains de manière ininterrompue. Aucun de ces souverains n’a jamais été contesté par la population. Au contraire, les habitants de la ville ont toujours reconnu et vénéré leurs rois, les considérant comme des figures centrales de leur identité culturelle et de leur gouvernance traditionnelle.
De plus, il est important de noter que quatre lignées royales se sont succédé de manière régulière et rotative au palais de Pobè, prouvant ainsi la stabilité et la pérennité de cette institution. Cette succession pacifique, qui s’inscrit dans une tradition immémoriale, témoigne de l’harmonie entre la royauté et la population.
Même sous l’ère coloniale, les autorités françaises ont reconnu le rôle central du Roi de Pobè dans l’administration locale. L’accord négocié entre le roi et l’administration coloniale concernant le domaine abritant l’Institut de Recherches Huiles et Oléagineux (IRHO) en est un exemple frappant. Ce partenariat a permis à la royauté de Pobè de jouer un rôle de médiation et de gouvernance, même pendant la période coloniale.
En outre, les premières communautés chrétiennes et musulmanes établies à Pobè ont obtenu l’accord du Roi pour l’implantation de leurs lieux de culte, ce qui souligne l’importance de la royauté dans le maintien de l’ordre social et religieux dans la région.
Depuis la création de Pobè jusqu’à ce jour, le Roi de Pobè a toujours eu un rôle clé dans le règlement de certaines situations conflictuelles, là où la justice moderne peine parfois à intervenir efficacement. Cette capacité à résoudre les conflits, tout en préservant l’harmonie sociale, est l’une des raisons pour lesquelles la royauté de Pobè est toujours considérée comme une institution fondamentale pour la communauté.
Dans ce contexte, il serait regrettable qu’une loi régissant la chefferie traditionnelle devienne un simple outil au service des intérêts politiques de certains acteurs, au détriment de l’histoire et des traditions de Pobè. Il est essentiel que cette loi tienne compte des spécificités locales et rétablisse la royauté de Pobè dans ses droits. Cela garantirait non seulement le respect de l’histoire et des coutumes de la ville, mais également une plus grande cohésion et harmonie entre les citoyens de Pobè.
Ainsi, il est impératif que le gouvernement béninois prenne en compte l’importance historique et culturelle du Roi de Pobè dans la gestion de la chefferie traditionnelle, et que cette institution soit protégée pour assurer l’unité et la paix sociale dans la région.
Par Adéotan Jean-Paul ADEBOLOU

